Septa Lidie aidait Lady Leanna à enfiler une tenue propice à l’ascension de la montagne. Ainsi parée elle fut la dernière à quitter la chaumière. Jon Flowers s’était levé en premier afin de préparer les montures. Voilà au moins un bâtard serviable pensa-t-elle. Jon était de quelques années son cadet. Il aurait été un ami naturel, s’il était né dans des draps de soie. Ser Brynden Valorna était en charge de son éducation. D’après lui, l’élève était capable et ferait certainement un bon chevalier s’il était noble. A moins d’être reconnu comme tel par son père, il pourrait devenir l’un d’entre eux. Parmi les serviteurs, Bastian se montrait indispensable. Le jeune homme, du même âge que Ser Brynden, était le fils d’Hector, capitaine de la garde, et reconnu pour être un parfait éclaireur. Le Castel d’Aube et ces domaines n’avaient aucun secret pour lui. C’est à Bastian que Jarid Valorna donna l’ordre de mener la colonne sur les sentiers de montagne, particulièrement étroits, et peu praticables depuis la tempête de la veille. Le mauvais temps ne l’avait pas empêchée de dormir. Toutefois, Leanna fit l’un de ses éternels cauchemars la nuit dernière. Dans ce dernier, elle était captive d’une tour et voyait au loin le château de son père réduit en cendres par le souffle d’un dragon. Lady Mortymer avait beau en chercher un sens auprès de Septa Lidie, la prêtresse des Sept lui assura de l’extinction des dragons. A leur retour, elle se chargera de quérir Mestre Styvyn et lui demander du vin de songe pour calmer ses nuits. Lady Leanna angoissait encore davantage à la simple vue du chemin à traverser : traître il était, à cause des écoulements de boue, des éboulements et des déracinements de sapins qui bloquaient leur passage. Ce fut toute une histoire pour contourner ces obstacles, et à chaque faux pas, votre monture pouvait se cabrer et par conséquence entraîner une chute qui vous serait fatale. Pire que tout, la mention de la meute de loups enragés, dont elle ne savait rien, que Jarid et Brynden affrontèrent la veille, finit par la déstabiliser. Ce fut Jon Flowers qui vint à sa rescousse. Le bâtard avait établi un lien unique entre lui et les chevaux. De simples mots murmurés lui suffirent à motiver Lorentia, palefroi de Lady Leanna, à continuer sa chevauchée.
Alors qu’on pénétrait le petit bois qui précédait le lac, un appel à l’aide retentit.
“Qu’est-ce donc, ser Brynden ?
- Aucune idée Dame Leanna.. mais je vais aller voir ça.” Brynden s’était d’abord engagé dans la mauvaise direction, Lady Lana et Jarid lui indiquèrent l’endroit d’où provenait les plaintes. Lady Leanna, Bastian, Jon Flowers, Ser Lyonel et Willem Storm les accompagnèrent. Près d’un flan rocailleux de la montagne, en contre-bas, gisait un homme, le bras tendu vers les cavaliers. En un coup d’oeil, Leanna s’avisa de la situation : un moindre faux pas sur la roche glissante, et on atterrissait quelques mètres plus bas. L’inconnu blessé pouvait s’estimer heureux de ne pas avoir l’échine brisée, pensa-t-elle. Will-le-bâtard se montra utile à plus d’un titre pour une fois. Il descendit jusque l’homme mais tomba dans le vide. Lady Leanna cacha sa joie lorsqu’elle le vit chuter. Par malchance, il vivait toujours. Accroché à une racine de la providence. “On peut l’y laisser, non ?”
Mais déjà Brynden demanda une corde, et Bastian vint à l’aide de Willem. ” Il est amusant que la vie du chanteur Willem Storm ne tienne qu’à une corde. Vous ne trouvez pas ? déclara-t-elle devant ce spectacle alléchant. ” Il semble que Brynden ne soit pas de son avis. Après tout, l’un et l’autre étaient amis depuis leur plus tendre enfance, Lady Leanna ne faisait pas le poids. Du moins pas encore. Bastian en profita pour attacher solidement le mystérieux blessé, aidé par des soldats chargés de les remonter.
Arrivés au lac de l’aube, le Castel était à quelques pied de nage, fièrement émergé en son centre. Un bac arrivait déjà, au bord duquel Wym-Trois-Dents, maître de la traversée. Il s’arrima au ponton, puis en descendit pour respecter l’étiquette de la bienséance, malgré la crasse qu’il incarnait. Dégoûtée de l’apparence du vieil édenté, elle porta son regard sur les flots calmes. Leanna gardait un grand souvenir du port des Mortymer et des cinq vaisseaux de guerre qui arpentaient l’horizon. Dame Eternelle, Les voiles dorées, Lord Domeric, Reynald-le-preux et la Yollane. Lady Leanna ne pouvait digérer cet affront: pourquoi son père avait-il nommé l’un de ses navires du nom de la mère de Willem ? Dans son for intérieur, la fille accusait son père d’avoir rendu sa mère complètement folle, et à raison. La seule bonne idée de Lord Mortymer fut de l’envoyer auprès d’Aeline Valorna, alors fragilisée par le départ de ses deux plus jeunes enfants. Un jour, Leanna se promit de faire partie intégrante de l’honorable maison Valorna, croyant que son père ne pouvait qu’attirer sur eux que le malheur comme autrefois un ancêtre du nom de Tomas Mortymer ayant trahis la cause de Baelor Targaryen, et ainsi réduit les Mortymer à n’être que des vassaux de maisons nobles. Lady Leanna souhaitait plus de tout rayé cette histoire et rehausser l’emblème familial de titre plus noble.
Le bac accosta sur le ponton de pierre au sein des murailles de l’Aube, là, des marches les conduisit à la cour extérieure où se tenaient les principaux gens de maison et les Valorna, dont Lady Aeline. Chacun se salua, se prit chaleureusement dans les bras, et s’informèrent des exploits des jeunes héritiers lors du tournoi royal. “Joyeux anniversaire ma petite, te voilà une femme”, la félicita Lady Valorna. Suite à l’accueil et la présentation des hôtes de marque, elle fut menée jusqu’à sa chambre au sommet d’une des tourelles du donjon. Tout était resté à sa place, y compris sa précieuse parure d’améthystes noires offerte par sa mère l’année précédente. Elle jeta un regard à travers la fenêtre pour admirer le château de son père, intact. Lady Clere, intendante des fêtes, fit irruption pour organiser avec elle le repas d’anniversaire qui aura lieu dans quelques heures. La jeune fille demanda : ” Qu’en pensez-vous ? Je compte porter cette parure pour émerveiller Ser Brynden.
- Il tombera sans nul doute sous votre charme, ces pierreries noires mettent votre plaisant minois en valeur. Soyez rassurée, la fête sera parfaite.
- Merci, j’y compte bien, elle sera une réussite. Maintenant, veuillez m’excuser Lady Clere, je dois m’entretenir avec le mestre.”
Dans les dédales du Castel, elle rencontra Willem Storm : “Vous!”

